les Manuscrits

relatifs à l’histoire du Prieuré

(du XIe au XVIIIe siècle)

Les parchemins et manuscrits récemment mis au jour permettent de retracer l’histoire du Prieuré à travers la documentation. Rédigés à l’encre de seiche, sur peau de chèvre, les parchemins datant de l’époque médiévale sont conservés aux archives départementales des Bouches-du-Rhône (depuis la Révolution française, car auparavant,ces parchemins étaient conservés au sein même de l’abbaye de Saint-Victor de Marseille). Les différentes chartes mises au jour offrent un précieux témoignage sur le Prieuré au XIème et XIIème siècle.

Leur remarquable état de conservation en font des pièces uniques, de presque mille ans.Les manuscrits datant de l’époque moderne sont conservés aux archives départementales du Vaucluse. Ils sont pour la plupart issus de registres de délibérations du conseil municipal de Bonnieux qui s’occupait à cette époque, de la gestion du Prieuré. Dépendant directement du Pape, l’abbaye de Saint-Victor et son réseau d’églises et de prieurés était chargée de répandre les valeurs de la réforme grégorienne

La donation de Pons et Ripert (28 février 1053)

Le plus ancien manuscrit citant le Prieuré date de 1053. Il s’agit de la donation de l’église de Saint-Symphorien par les frères Pons et Ripert à l’abbaye de Saint-Victor de Marseille. Pons et Ripert faisaient partie de la famille de l’aristocratie provençale des Castellane-Lacoste qui domine la région dès le Xe siècle.

Il s’agissait de l’un des plus puissants et influents lignages de Provence, gravitant autour du pouvoir comtal et épiscopal. La donation à une grande abbaye avait une valeur rédemptrice dont pouvait bénéficier tout un lignage, ainsi placé sous la protection des saints.

La charte de Saint-Symphorien (28 février 1053)

Très salutaire, une règle de justice en droit ancien exige, après la chute du paradis de nos premiers parents, que pour quiconque souhaite y retourner, il est nécessaire de s’appliquer à travailler sans relâche pour chercher et rechercher de quelle façon il pourrait plaire au Dieu Tout-Puissant qu’il se rappelle avoir gravement offensé après avoir trompé les préceptes de la Loi et de l’Évangile. Donc, tandis que le temps est venu de chercher et de trouver le Dieu très clément, et tandis que le moment est proche où celui-ci doit prendre soin de ceux qui l’invoquent en vérité, il vaut d’acheter les biens célestes à partir d’une fortune de poussière et, à partir de ce qui est passager et trompeur, des biens assurés et durables longtemps. Il faut donc s’appliquer à partagez avec les serviteurs du Christ en prélevant sur les biens d’iniquité de Mammon, dans la mesure où, soutenu par leurs prières, on mérite de jouir des tentes éternelles, ainsi que Dieu l’a promis par les oracles prophétiques :

« Faites l’aumône, dit-il, et tout vous sera pardonné » (Lc 11, 41).

Par conséquent, touchés au cœur par une telle promesse, Pons et Ripert, frères jumeaux, ont décidé d’offrir quelque chose de leur propre alleu (terre affranchie de toute redevance, en opposition aux fiefs ou cencives impliquant une redevance seigneuriale) au Seigneur Dieu et au monastère des saints martyrs marseillais, c’est-à-dire Victor et ses compagnons, pour le remède de leur âme et de celle de leurs parents. Ils ont donc donné au Seigneur Dieu et aux martyrs précités l’église du martyr saint Symphorien avec tous les biens où qu’ils se trouvent que leur père Pierre avait donné à la dite église de Saint-Symphorien et Saint-Pierre, et tous les hommes habitants en ce lieu, avec ce qu’ils détiennent.

En plus, pour l’âme de leur mère, ils ont donné deux très belles pièces de terre qui sont situées à côté du lieu qui s’appelle Caseaux : d’un côté, le chemin de Saint-Pierre ; sur les autres côtés, la terre des susdits donateurs. De plus, les deux frères ont donné la dîme de tous leurs biens, de même que leur père avait donné celle des siens. Et pour que cette donation soit connue de tous les leurs et demeure ferme et immuable en tout temps, ils ont ordonné que sa mémoire soit décrite de cette façon à l’encre et sur charte, comme quoi tous ces biens, ils les ont donnés au monastère de Saint-Victor précité en disant : nous, donc, les frères Pons et Ripert, donnons l’église des saints Pierre et Symphorien, avec tous les biens susdits, au Seigneur Dieu Tout-Puissant et à ses saints martyrs, c’est-à-dire Victor et ses compagnons, et aux moines aussi bien présents qu’à venir afin qu’elle soit leur propriété et qu’ils la possèdent à perpétuité.

Cette charte de donation a été faite le 2 des calendes de mars, l’année du Seigneur mille LIII, l’année … du règne du roi Henri.Signature de Pons et de Ripert qui firent cette donation et l’approuvèrent et la firent approuver en disant : nous, en signant cette donation, ordonnons que si quelqu’un, ou bien nous-mêmes, ou bien certain de nos héritiers ou quelle que soit la personne qui vienne attaquer le don fait de cette façon, que ne soit pas valide ce qu’il aurait tenté de revendiquer, lui, véritable objet de toutes les malédictions ; mais en plus, qu’il donne une composition de 20 livres du meilleur or : par-dessus tout, que cette donation reste ferme et immuable dans les siècles des siècles Amen. Bertrannus a signé ; Agarnus a signé ; Ademarus a signé : Pons Carbonel a signé

En outre, ce même alleu qui est proche du château de Clermont et que notre grand mère Ingilrada a donné à la susdite église de Saint-Symphorien, nous le donnons en même temps que la même église à Saint-Victor et à ses moines comme alleu propre à posséder à perpétuité ; et cet alleu consiste en un manse (ferme, habitation) et une petite exploitation. Pons a écrit.

Traduction M.Fixot

L’échange de Bargemon (25 octobre 1075)

Il s’agit d’une réunion de Pons, abbé de Saint-André de Villeneuve-lès-Avignon et de Bernard, abbé de Saint-Victor de Marseille, accompagnés de quelques-uns de leurs moines, qui se sont réunis au Prieuré pour procéder à des échanges.

Le principal échange fut celui de l’église Sainte-Marie à Bargemon donnée par l’abbé de Saint-André contre l’église Sainte-Marie de Vérunes à Cadenet, donnée par Saint-Victor.

Cette charte a été copiée sur place et montre bien la reconquête que Saint-Victor fit sur ses territoires en Provence orientale en donnant en compensation, des possessions situées en Provence occidentale. Pourquoi à Saint-Symphorien ? car le Prieuré était situé là ou l’abbaye de Saint-Andrè-de-Villeneuve était le mieux implantée.

Le Prieuré est ainsi témoin des rivalités entre abbayes en cette fin du XIe siècle.

Charte de l’échange de Bargemon (25 octobre 1075)

Au nom de la Sainte et Indivisible Trinité. Ceci est la charte de rappel et description de la définition qui a été faite entre l’abbé du monastère de Saint-Victor de Marseille et l’abbé du monastère de Saint-André qui est situé près d’Avignon, sur l’autre rive du fleuve, et la congrégation de l’un et l’autre lieu, de la manière écrite ci-dessous.

En effet, l’abbé et les moines de Saint-André avaient une plainte au sujet de l’église Sainte-Marie qui est dans le Val de Bargemon et qu’ils avaient de fait possédé pendant longtemps, du fait que les moines de Saint-Victor la leur avait enlevée par la violence. Inversement, l’abbé marseillais et les autres frères montraient dans des chartes très anciennes une description détaillée du Val de Bargemon et de presque tout son territoire et en même temps ne cachaient nullement que les moines de Saint-André, sans aucune doléance auprès des frères marseillais, avaient gardé le silence l’année entière si bien que les dits marseillais avaient reçu l’église dans leur droit suite au retrait des avignonnais.

Bref. Alors, par un conseil aimable à Dieu, partagé par la congrégation, malgré l’avis défavorable sur ce point de quelques frères – mais ils faisaient suffisamment confiance en leur nom à ceux qui étaient favorables –en considération de la paix et de la charité, afin que la malice du siècle ne s’insinue pas chez des hommes appartenant à l’ordre des religieux en conséquence d’une condamnation par des jugements séculiers, d’une âme généreuse et de bonne volonté, l’abbé de Marseille accorda à l’abbé de Saint-André, dans la mesure où celui-ci la réclamait nommément avec insistance, et à ses successeurs, certaine dépendance, qui est dans le diocèse d’Aix, dans le territoire du château nommé Cadenet, appelée Sainte-Marie-de-Vérunes, appartenant à Saint-Victor, avec tous les biens immobiliers et mobiliers qui s’y trouvaient et qui est estimée à environ 200 sous par les évaluateurs marseillais, ainsi qu’un champ qui était contesté par Dodon de Lourmarin, à l’exception des autres choses qui ne concernent pas cette donation, soit Reillanette et tout ce qui lui est attaché et les biens qui sont au territoire de Trésémines ; ces biens, l’abbé et les moines de Saint-Victor les gardent. Donc, que cette dépendance et tout ce qui lui appartient qui sont dans le territoire du susdit castel de Cadenet, que les abbés et les moines de Saint-André l’aient et le possèdent pour toujours tranquillement et se montrent toujours amis et fidèles auprès de l’abbé et de la congrégation de Saint-Victor.

Ensuite le dit abbé du monastère de Saint-André avec les frères, au nom de toute sa congrégation, abandonna et définit à l’abbé Bernard et à Saint-Victor et à tous leurs successeurs et à toute la congrégation du monastère de Marseille, l’église Sainte-Marie qui est dans le Val de Bargemon, dans le diocèse de Fréjus, et l’église Sainte-Marie de Favars, et l’église Saint-Pierre de Reanne* qui est dans le diocèse de Gap. Et si quelque droit ou si quelque voix paraissait contester ou si les moines de Saint-André avaient acquis quelque chose qui ne serait pas du droit de Saint-Victor, il remettait tout entre les mains du susdit abbé marseillais, à Saint-Victor et à sa congrégation, afin qu’ils l’aient, le tiennent et le possèdent tranquillement pour toujours et se montrent amis et fidèles auprès des abbés de Saint-André. D’autre part, que les doléances générales et réciproques que, jusqu’à l’époque actuelle les dites congrégations ont eues entre elles, ou justes ou injustes, qu’elles soient finies pour l’Eternité et enterrées dans un perpétuel oubli, une concorde solide et la paix régnant entre les deux communautés, accordée par Notre Seigneur Jésus-Christ. Qu’il soit vraiment reconnu que pour l’église du Saint-Sépulcre qui est au château de Forcalquier et que les moines de Saint-André ont apparemment perdue, si d’une certaine manière les susdits moines de Saint-Victor pouvaient la revendiquer pour eux-mêmes, que les susdits moines de Saint-André ne leur porte pas par conséquent aucune calomnie ou opposition injuste.

La définition de cet abandon, donation ou échange a été faite dans le prieuré de Saint-Symphorien, dans le Val d’Espeil, en présence de religieux et de nobles, de moines et de laïques, tous confirmant et se félicitant de cela d’un même vœu, l’année de l’Incarnation du Seigneur 1075, la onzième indiction, sous le règne de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Si donc quelqu’un voulait troubler ou aller à l’encontre de ce pacte de paix et de concorde, que tout se porte à l’encontre de l’accomplissement de ce qu’il recherche par malveillance, mais, jusqu’à son repentir, qu’il soit condamné et anathématisé, soumis perpétuellement à toutes les malédictions qui sont mentionnées dans l’Ancien ou le Nouveau Testament. Et si quelqu’un portait un dommage, qu’il soit contraint par jugement à s’acquitter du double de sa valeur.

Traduction M.Fixot.

LES BULLES PONTIFICALES

Une bulle pontificale est un document officiel rédigé sur parchemin provenant du Pape. Le terme désigne à l’origine le sceau en plomb qui scelle le document, représentant d’un côté, Saint-Pierre et Saint-Paul, de l’autre, le nom du Pape régnant. Des cordelettes de chanvre étaient insérées dans le sceau pour maintenir le document fermé.

Les bulles énumèrent les églises et prieurés dépendant de l’abbaye de Saint-Victor-de-Marseille qui s’étendaient sur un vaste territoire allant de la Catalogne jusqu’en Sardaigne. Le Prieuré y est cité parmi toutes les autres possessions de l’abbaye. Dépendant directement du Pape, les abbayes et leurs réseaux de prieurés étaient chargées de répandre les valeurs de la réforme grégorienne.

La bulle de Grégoire VII (1079)

La première bulle datant de 1079 est signée de la Rota du Pape Grégoire VII, qui laissa son nom à la réforme du clergé entamée au début du XIeme siècle : la réforme grégorienne .

La bulle de Pascal II (1113)

1113 : Bulle du pape Pascal II adressée à Otton, abbé de Saint-Victor contenant la confirmation générale de toutes les églises dépendant de son abbaye

Bene Valete : Monogramme correspondant à une salutation latine « Portez-vous bien » repérable sur les bulles et privilèges de la chancellerie pontificale au Moyen-Age. D’abord tracée en entier, elle est transformée en monogramme sous le pontificat de Léon IX (1049-1054).

La Rota: Signature du pape contenant le nom des apôtres Pierre (Petrus) et Paul (Paulus), celui du pape ainsi que son rang (ici Paschalis II).

La bulle d’Innocent II (1135)

1135 : Bulle du pape Innocent II confirmant à Saint-Victor et à l’abbé Pierre Salomon toutes les églises que l’abbaye possédait dans divers diocèses.

26 septembre 1691 : extrait d’un acte de délibération du conseil municipal de Bonnieux qui consent à l’installation d’un ermite dans la chapelle de Saint-Symphorien.

L’installation de l’évêque d’Apt à Saint-Symphorien (8 janvier 1713)

8 janvier 1713 : extrait d’un acte de délibération du conseil municipal de Bonnieux qui consent à l’installation de Monseigneur l’évêque d’Apt dans l’ermitage de Saint-Symphorien pour y vivre en solitaire.

La réparation du clocher de Saint-Symphorien (3 septembre 1778)

3 septembre 1778 : extrait d’un acte de délibération du conseil municipal de Bonnieux concernant la réparation du clocher et de la cloche de la chapelle champêtre de Saint-Symphorien.

La gravure des armes de la ville de Bonnieux (12 mai 1782)

12 mai 1782 : extrait d’un acte de délibération du conseil municipal de Bonnieux qui consent à faire graver les armes de la ville au dessus et en dessous de la porte des chapelles Notre-Dame-de-Grâce,Saint-Victor et Saint-Symphorien.

La réparation de la cloche de Saint-Symphorien (3 août 1783)

3 août 1783 : extrait d’un acte de délibération du conseil municipal de Bonnieux concernant la réparation de la cloche de l’ermitage de Saint-Symphorien.

La vente des biens nationaux (An III de la République française, sixième jour du mois de Floréal)

An troisième de la République française, le sixième jour du mois de Floréal, vente des biens nationaux: achat du prieuré de Saint-Symphorien par un agriculteur de Bonnieux, Julien Roch pour une valeur de 200 livres.